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Le paradis perdu méditerranéen de Jordi Savall (2/2)
Par Marie Phoenix le 26 octobre 2006 | (1) Commentaires
"Un pont entre les cultures du bassin méditerranéen", titre ce dossier consacré à HESPERION XXI en parlant de la dernière oeuvre de Jordi Savall. Le disque appelé "Diaspora Sefaradi", porte ce sous-titre : "le paradis perdu", ou l'âge d'or musical espagnol des XIIème et XIIème siècles.
Au cours de ces dernières années, nos concerts ont été autant d'occasions d'expérimenter entre musiciens de tous horizons. En s'inspirant de l'esprit de ces œuvres, en restant à l'écoute de nos différences, nous nous sommes mutuellement enrichis de nos manières d'improviser, de broder la mélodie, d'accentuer telle syllabe de ces poèmes.
Diáspora Sefardí est le résultat d'échanges culturels entre Yair Dalal, Edin Karamazov, Montserrat Figueras, moi-même, entre tous les musiciens. Nous avons ensemble réfléchi au caractère de ces musiques, à ce qui leur convenait pour dresser un pont entre les différentes cultures du bassin méditerranéen, entre l'Espagne ancienne et actuelle.
"C'est aussi parce que ces musiques meurent et disparaissent chaque jour un peu plus que nous avons choisi de leur consacrer le premier disque de Hespèrion XXI. La technologie moderne, la radio, la télévision, les disques, les différents systèmes d'enregistrement sont autant d'outils merveilleux qui se retournent bien souvent contre les particularités culturelles. Tout comme la globalisation mondiale, l'uniformisation avance à grands pas, balayant tout sur son passage. Les coutumes ancestrales qui perduraient dans chaque recoin de l'univers sont en danger. Face à l'avancée technologique, la transmission orale recule et s'éteint peu à peu.
En Espagne, une grande partie de la musique a été répertoriée. L'urgence est plus grande pour celles qui ne le sont pas, comme pour la musique séfarade. Il n'existe aucune autre musique qui soit autant enracinée dans un héritage ancien et qui ait en même temps subi des influences aussi diverses, des tourments aussi grands, de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 aux guerres yougoslaves et aux conflits de l'État d'Israël actuels. Une même mélodie, un même texte peut exister en 4 ou 5 versions différentes au Maroc, en Grèce, en Yougoslavie ou en Algérie. Une même racine mélodique parvient à préserver sa cohérence dans des milieux hétéroclites. Une même âme parvient à survivre tout en s'adaptant. C'est un cas unique dans l'histoire de la musique. Si, tout en respectant leur racine et leur caractère, nous ne les intégrons pas à notre culture, elles vont disparaître à jamais."
Source : Hesperion XXI
Commentaires
Rédigé par : ppp | 15 oct 2006 15:14:34
Magnifique musique à écouter et surtout à découvrir.
Heureusement qu'il y a des historiens des musiques oubliées

