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Antonello da Messina : presque toutes ses oeuvres réunies au Quirinal

Par Marie Phoenix le 7 avril 2006 | (2) Commentaires

Antonellomessinamadonnablue_1Les oeuvres d'Antonello da Messina, "simplement" appelé il Maestro di Quattrocento, rien que ça !, placardées un peu partout, ont pris possession de Rome, qui d'habitude ne se laisse pas si facilement envahir et émouvoir par l'art, étant le plus gros musée du monde à ciel ouvert. Cette fois-ci la ville a fait savoir urbi et orbi que la mostra aura lieu.

C'est surtout sa madone bleue, dite "Annoncée", dont le visage si incroyablement frais observe discrètement les passants depuis des semaines afin d'annoncer cette exposition unique, qui a réussi à éclipser et à rendre futiles les affiches de la campagne qui précède le vote du 9 avril.

Pas un bus, pas un panneaux publicitaire, pas un poteau ou un espace public ou culturel qui ne soit Annunziatadetaglio_1"décoré" par cette femme au voile bleu, cette "Madone Annoncée" avec cette simple inscription : Antonello da Messina. On ne présente pas le maître de la Renaissance, voyons ! D'autres peintres de la même période sont exposés au deuxième étage, vous en trouverez la liste sur informarte.

Tout Rome s'est pressé aux Scuderies du Quirinal le 18 mars dernier, pour l'inauguration de l'exposition. Je ne me souviens pas d'une telle cohue, dans aucun musée du monde. Rappelons que ces écuries spéciales, sont une annexe de la présidence de la République italienne. C'est un espace sublime, accueillant les expositions les plus courues d'Europe, qui à l'instar du Metropolitan Museum ou du Louvre, parvient à réunir des collections prestigieuses et très complètes.

Antonello_messinaLe temps que le flot continu de visiteurs se dirige vers la sortie, l'astuce consiste à "monter au ciel" pour éviter d'être "étouffé". En haut, sur la terrasse, il y a une autre oeuvre qui vous attend : Rome. Un petit ascenseur luxueux et totalement silencieux vous y mène. La vue, à partir du Quirinal, constitue un tableau exquis, une vue que l'on admire longuement, avidement, desepéré de ne pas pouvoir demeurer des heures sur cette terrasse, afin de capter chaque détail de la cité. On peut à loisirs y observer des gens connus, ils ne vous voient pas, ils ne voient qu'elle, la belle, l'éternelle, l'Urbs.

Une heure de queue au milieu des Romains patients, souriants, bavards, charmeurs, très élégants (nous sommes à quelques mètres de l'Elysée italien et les italiens ont de l'allure) et au bout de la longue file, la récompense : la collection la plus importante - jamais exposée en un seul lieu - d'oeuvres de Messina, quarante-quatre tableaux en tout. Vous savez tout sur les enfants du couple très beau et follement distingué qui vous aimablement a tenu compagnie pendant l'heure d'attente, et ils savent tout sur les vôtres, et ils vous ont récité la biographie d'Antonello da Messina. Ils connaissent et aiment leurs classiques.

Fils d'un tailleur de pierre de la ville de Messine, né en 1430, Antonello Antonello_da_messina_1passe quelque temps à Naples et fait ses classes chez Colantonio. Lors d'un séjour à Rome, il semble avoir découvert l'oeuvre du toscan Piero della Francesca, comme le montrent ses premiers croquis. L'énorme ouvrage, art italien, que je consulte régulièrement, m'a convaincu que Messina fera -le premier- sortir définitivement le Moyen-Age de ses tableaux, encore très visible dans les oeuvres de Francesca, qui est pourtant né vers 1417, treize années à peine avant Antonello.

A son tour, Messine, maître de la Renaissance à part entière, va inspirer Bellini, Madonaconbambinofirenze_1Carpaccio, Giorgione et surtout le Titien. Il est décédé en 1479, en laissant une oeuvre qui va inspirer plusieurs générations de peintres. Ils sont quelques uns, nés à la même période, entre 1420 et 1440, à flirter avec la Renaissance, comme Filippo Lippi, mais aucun ne mérite encore du figurer pleinement dans le chapitre Quattrocento des livres d'art. Ils sont encore prisonniers du graphisme du Moyen-Age, de ces visages et tenues sans détails, de ces couleurs assez ternes, de ce trait avare, timoré. Il suffit de tourner les pages pour s'en rendre compte, il y a une rupture de couleurs, de forme.

Les télés du monde entier sont là, et le faible éclairage - très décevant vu les moyens mobilisés - est compensé par les flash des photographes, et les spots des télés. Quelques tableaux très célèbres, sont en vérité très petits, et nous rappellent instantanément que nous sommes au... XV siècle. Tout comme les oeuvres de 3-4 mètres, commandées pour orner les Eglises.

La curiosité même pour les connaisseurs, ce sont ces petits tableaux, ayant tout au plus la taille d'un livre A4 et peints sur des tablettes en bois... recto verso. A la demande des commanditaires, qui souhaitaient pouvoir les admirer durant leurs voyages tout en s'encombrant le moins possible. S'ils avaient su que les livres d'art, la vidéo et l'Internet allaient être inventés... Ces précurseurs de l'art à emporter auraient été très heureux de vivre à notre époque. Arte_antonello_da_messina_madonna_col_ba_1

Une toile du maestro Antonello m'a particulièrement marqué : la Madone aux cheveux roux, dont voici un détail. Exposée au Musée de Florence, elle porte un sublime manteau brodé, et qui a un point commun avec la Madone au voile bleu : un visage incroyablement jeune et moderne. Une italienne à n'en point douter, que l'on reconnaîtrait parmi mille autres beautés latines, et que l'on croiraît droit sortie de votre... immeuble à Rome.

Pendant ce temps, les camarades de Messina étaient encore en plein Moyen-Age...

AntonellodamessinasansebastianodidresdaCe qu'il a peint n'a simplement rien à voir avec des millions de visages qui ornent tous les musées du monde, qui ont presque toujours l'air d'un autre âge quand ils ont été peints il y a quelques siècles. Les portraits de Messina ressemblent à des copies de tableaux anciens figurant des Italiens d'aujourd'hui, ceux-là mêmes croisez dans la rue. Les visiteurs chuchotent tous abasourdis : "mais qu'est-ce qu'elle a l'air moderne cette Madone, ah ce jeune homme, incroyable comme il a l'air contemporain !"

Après avoir entendu le mot modernité des centaines de fois, je rejoins le second étage, où un autre tableau très célèbre a particulièrement intrigué les très nombreux enfants : celui de San Sebastiano di Dresda. Non seulement "il a l'air de ne pas saigner malgré ses blessures", mais en plus "il porte un dessous qu'on croirait élastique". La modernité est encore sur toutes les lèvres, et la surprise est au rendez-vous une fois de plus, jusque dans les détails les plus intimes. Cet air d'insouciance qui se dégage du tableau, ces habitants qui vaquent à leurs occupations pendant le supplice de Saint-Sébastien, sont tout simplement irréels.

Informations utiles :

Antonello da Messina
Scuderie del Quirinale - Via XXIV maggio, 16 – Roma
dal 18 marzo al 25 giugno 2006
Orario: dom-gio 10.00-20.00; ven e sab 10.00-22.30
Informazioni: 06 39967500

Commentaires

Rédigé par : Marie | 10 avr 2006 23:26:02

Nouvel Obs, le 4 Mars : "les splendeurs des quarante-quatre tableaux d’Antonello da Messina" réunis au Quirinal, à Rome

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Rédigé par : ENGEL Denise | 30 mai 2006 18:04:18

Savez-vous s'il existe un catalogue des oeuvres présentées à l'expo A.de Messine à Rome? et comment se le procurer?
Merci d'avance
DE

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